Pourquoi la polémique sur la testostérone autour d’Imane Khelif divise la boxe ?

par Antoine Rouvel
Pourquoi la polémique sur la testostérone autour d'Imane Khelif divise la boxe ?

La polémique autour de la boxeuse algérienne Imane Khelif et des accusations de taux élevé de testostérone a relancé un vieux débat sur l’équité en sport et la façon dont les règles déterminent qui peut concourir en catégorie féminine.

Pourquoi l’affaire a-t-elle enflammé les médias et la politique ?

La scène s’est cristallisée lorsqu’Angela Carini, la boxeuse italienne, a abandonné son combat aux Jeux de Paris 2024 face à Imane Khelif. L’abandon a rapidement été commenté au-delà du milieu sportif, certaines personnalités politiques dénonçant une prétendue inégalité de traitement. Ce type de réaction illustre une tendance courante : la méconnaissance des procédures médicales et de contrôle se mêle à des jugements immédiats sur la « justice » d’une rencontre.

Coin du ring après un abandon, public et réactions autour
L’abandon d’Angela Carini aux Jeux de Paris 2024 a enflammé débats et médias.

Sur les réseaux sociaux et dans les tribunes politiques, les événements sportifs servent souvent de foyer à des positions identitaires ou électorales, ce qui complique encore la gestion d’affaires techniques et médicales. Pour les athlètes, cela signifie subir en plus de la pression compétitive une exposition publique parfois agressive.

Que dit la science sur la testostérone et la performance sportive ?

La testostérone est une hormone produite chez les hommes et chez les femmes, respectivement par les testicules et par les ovaires et glandes surrénales. Les valeurs habituelles indiquées par certaines sources placent les hommes adultes autour de 10 à 35 nanomoles par litre et les femmes en moyenne entre 0,5 et 2,4 nanomoles par litre. Ces chiffres montrent un recouvrement possible et expliquent en partie pourquoi le sujet est si délicat.

Analyse sanguine en laboratoire pour mesurer la testostérone
La mesure de la testostérone repose sur des analyses biologiques sujettes à variations.

Sur le plan physiologique, la testostérone contribue à la masse musculaire et à certaines capacités physiques, raison pour laquelle une augmentation volontaire de cette hormone est considérée comme du dopage et interdite. Des études chez les hommes ont établi des liens entre des niveaux plus élevés et des performances supérieures, mais il n’existe pas de consensus scientifique clair sur l’ampleur exacte de cet effet pour toutes les disciplines et toutes les populations.

Qu’est-ce que l’hyperandrogénie et qui en est concerné ?

Le terme hyperandrogénie décrit une production naturellement élevée d’androgènes, dont la testostérone. Elle concerne une minorité de femmes et, selon certaines estimations, touche environ 5 % d’entre elles. Dans une majorité de cas, l’origine est liée à un syndrome des ovaires polykystiques.

Cette situation médicale complique l’application de règles universelles : des femmes peuvent présenter des profils hormonaux atypiques sans avoir recours à des substances interdites, et ces profils varient dans le temps et selon les conditions environnementales.

Quels sont les obstacles des tests et des règles actuelles ?

Plusieurs limites expliquent que la question reste litigieuse. Les tests hormonaux ne sont pas des outils parfaits : les taux peuvent fluctuer selon l’âge, la saison et d’autres facteurs individuels. Le Comité international olympique a lui-même souligné qu’un test de testostérone n’épuise pas la complexité du sujet et qu’il existe des chevauchements entre les valeurs observées chez des femmes et chez des hommes.

Par ailleurs, la gestion des cas individuels dépend souvent des fédérations internationales. Dans le dossier mentionné, Imane Khelif avait fait l’objet d’une disqualification aux Championnats du monde 2023 pour des motifs liés à l’éligibilité en catégorie féminine selon la fédération internationale de boxe, tandis que d’autres organismes ont affirmé ne pas lui avoir appliqué de test précis de testostérone mais d’autres contrôles non précisés. Le CIO, pour sa part, a confirmé que les athlètes présentes aux Jeux respectaient les règles d’éligibilité en vigueur.

Comment ces situations affectent-elles les athlètes sur le terrain ?

Lorsqu’un adversaire est soupçonné d’avoir un avantage biologique, la première conséquence est psychologique. Certains combattants peuvent douter de l’utilité d’aller au bout du combat, comme l’a montré l’abandon de Carini. Au-delà de la rencontre, les accusations publiques peuvent entraîner stigmatisation, enquêtes administratives et incertitude sur la carrière d’une sportive.

Les fédérations doivent arbitrer entre la protection de l’équité sportive et le respect des droits et de la dignité des athlètes. Dans la pratique, cela se traduit par des procédures médicales parfois opaques aux yeux du grand public et des décisions qui peuvent varier d’une instance à l’autre.

Que pourraient faire les instances sportives pour limiter les conflits ?

  • Renforcer la transparence des procédures d’éligibilité et expliquer clairement les tests utilisés.
  • Favoriser des expertises indépendantes et publiées pour les cas sensibles.
  • Établir des délais et des protocoles d’appel rapides afin d’éviter des décisions prises en plein tournoi.
  • Améliorer la communication pour réduire les interprétations politiques et médiatiques hâtives.

FAQ

Comment mesure-t-on la testostérone chez les athlètes ?

La mesure se fait par analyses sanguines qui quantifient la concentration d’hormone. Ces valeurs peuvent varier selon la méthode de laboratoire, le moment de la journée, l’âge et la saison. Les tests donnent des indications mais ne tranchent pas toujours de façon nette sur l’éligibilité.

Une femme avec un taux élevé de testostérone est-elle forcément dopée ?

Non. Certaines femmes présentent naturellement des taux plus élevés en raison de conditions médicales comme l’hyperandrogénie ou un syndrome des ovaires polykystiques. Le dopage suppose une modification volontaire par substances ou méthodes interdites.

Pourquoi il n’y a pas de règle unique au niveau mondial ?

Le Comité international olympique a renoncé à imposer une règle universelle en laissant la plupart des décisions aux fédérations internationales. Les raisons incluent l’absence de consensus scientifique et la difficulté d’appliquer des critères qui seraient à la fois justes et irréfutables pour tous les cas.

Que faire si vous êtes concernée par un contrôle d’éligibilité ?

Demander des explications sur les tests pratiqués, solliciter un examen médical indépendant si possible et se renseigner sur les voies d’appel prévues par la fédération compétente sont des démarches pragmatiques. Les délais et la confidentialité des procédures varient selon les instances.

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